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SAUVONS LE BOIS DE BOULOGNE

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Contre le Centre d'Hébergement Allée des Fortifications, Porte de Passy

«Apartheid» des banlieues : quand Valls se prend pour le Mandela des périphéries

 «Apartheid» des banlieues : quand Valls se prend pour le Mandela des périphéries

FIGARO VOX VOX POLITIQUE Par Eloïse Lenesley Publié le 26/04/2016 à 12:35

FIGAROVOX/TRIBUNE - Manuel Valls a présenté le projet de loi Égalité et citoyenneté, visant à endiguer «l'apartheid territorial» dans certains quartiers périphériques. Eloïse Lenesley juge idéologique la méthode choisie par le gouvernement pour «déghettoïser» les banlieues.

Eloïse Lenesley est journaliste.

Les Trente Glorieuses ont imprimé dans la mémoire collective des promesses de plein emploi, d'un ascenseur social supersonique, la garantie du confort moderne à portée de main, l'envie de s'en sortir, des rêves de belles échappées en DS et de vacances à Saint-Marc-sur-Mer. Mais ça, c'était avant, c'était au siècle dernier, il y a une éternité. Aujourd'hui, l'époque nous distribue des kits de survie faits de HLM, de RSA, de Vélib' et de Paris-Plage. Faute de contribuer à assurer l'opulence économique pour tous, l'État pratique la politique du pis-aller ; l'égalité des malchances. Cette égalité qui donne son nom au nouveau projet de loi phare du gouvernement, une pâle lueur d'espérance dans la pénombre existentielle d'une France d'en bas qui ne croit plus en son avenir et encore moins en son bulletin de vote.

Par quel savant stratagème va-t-on casser les ghettos ? Va-t-on transvaser les populations ghettoïsées vers des quartiers plus privilégiés, et des populations non ghettoïsées vers les ghettos à casser ? L'absurdité du concept aurait pu inspirer naguère un sketch à Raymond Devos.

François Hollande et Manuel Valls l'ont décrété à qui mieux mieux: il faut dé-ghe-tto-ï-ser. Fracturer le confinement des banlieues, l'hermétisme des quartiers, la fatalité de bétaillères sociales à loyer modéré, qui vous condamnent à la galère à perpétuité. Oui mais voilà. Comment déconstruire la résultante de quarante ans de chômage et d'immigration de masse? Par quel savant stratagème va-t-on casser les ghettos? Va-t-on transvaser les populations ghettoïsées vers des quartiers plus privilégiés, et des populations non ghettoïsées vers les ghettos à casser? L'absurdité du concept aurait pu inspirer naguère un sketch à Raymond Devos. C'est pourtant, peu ou prou, ce qu'envisagent une poignée de mesures en gestation: afin de contraindre les maires récalcitrants à respecter les quotas de HLM prévus par la loi SRU, les préfets peuvent désormais préempter les terrains à vendre pour y bâtir des immeubles sociaux. Ils ont aussi toute latitude, dans certains cas, pour sélectionner les futurs bénéficiaires de ces habitations à la place de l'édile. 25% des logements sociaux érigés hors des quartiers réputés «difficiles» devront être attribués à 25% des ménages les plus modestes. Cruelle loterie. Plusieurs types de loyers (PLAI pour les ménages en grande précarité, PLS pour les classes moyennes…) seront applicables dans un même bâtiment HLM. À l'arrivée, le but est de donner un coup de pouce aux mal-logés éligibles au DALO et, bien sûr, de dynamiser la mixité ethnique - car c'est bien de cela qu'il s'agit, même si les instances de la bien-pensance ont substitué au qualificatif le terme «sociale», avec une pudibonderie intellectuelle coutumière.

Le Premier ministre a beau jouer les Mandela des périphéries en prétendant déclarer la guerre à l'apartheid «social», personne ne croira qu'il peut y mettre fin en saupoudrant les quartiers cossus ou moyenne gamme de quelques milliers de familles issues de la diversité. Y croit-il seulement lui-même? Gageons qu'il a recyclé depuis un bail ses naïvetés idéologiques au profit d'une pure opération de drague électoraliste à sa gauche. Ce faisant, il prend le risque d'épandre la délinquance voire la radicalisation des quartiers «sensibles» sur le reste du territoire ; de générer des tensions entre des citoyens ayant des modes de vie parfois incompatibles ; d'accroître les frustrations de défavorisés catapultés dans des coins où le coût de la vie est asphyxiant ; de balafrer le cadre urbain de constructions HLM hideuses. Le véritable courage politique serait, à l'inverse, d'impulser une ligne pragmatique, de regrouper les demandeurs en fonction de leurs besoins spécifiques ou de leur CSP: résidences HLM dédiées aux personnes âgées, pré-équipées en domotique, avec salle commune et accès pour fauteuils roulants, comme à Chantilly ou Lachapelle-aux-Pots dans l'Oise, structures pour handicapés psychiques, avec espaces de vie encadrés par un personnel formé, comme à Nice… Et, pourquoi pas, des immeubles HLM destinés aux travailleurs à domicile, aux autoentrepreneurs précaires (comme il en existe déjà pour les artistes), ayant besoin de calme pour exercer leur activité, ce qui est mission impossible quand on se coltine en quadriphonie le brouhaha de familles nombreuses ou de cas sociaux. Mais ça, il ne faut pas le dire. Le texte prévoit aussi d'abaisser de 200 à 150% le dépassement du plafond de ressources autorisé ; une initiative honorable dans l'absolu, mais qui va chasser un peu plus les classes moyennes des grandes villes où les tarifs du parc privé sont inabordables, renforçant ainsi un peu plus la ghettoïsation au lieu de l'émietter: les bunkers de riches d'un côté, et les cités de pauvres, de l'autre. S'évertuer à les enchevêtrer ne change pas la donne et ne prend pas. Un certain Général amateur de vinaigrette l'avait déjà théorisé en d'autres temps pourtant moins orageux. La reine de Lutèce Anne Hidalgo et son adjoint communiste Ian Brossat n'en ont cure, fermement résolus à inoculer du vivre-ensemble sur chaque parcelle de la capitale et à clouer au pilori les bourgeois qui auront l'outrecuidance de s'en émouvoir. Dans leur collimateur, les arrondissements de l'ouest parisien, déficitaires en logements sociaux, où ils usent avec gourmandise de leur droit de préemption, quitte à casquer une petite fortune au mètre carré. Les associations de riverains tentent de faire de la résistance, à grand renfort de procédures, souvent en vain. La justice a encore autorisé ces jours-ci la réhabilitation d'appartements en HLM sur le très chic boulevard Suchet, malgré un recours des résidents.

Diaboliser les « riches », comme le fait trop souvent la gauche, conforte la poussiéreuse et revancharde lutte des classes, attise la haine de la réussite, et cristallise l'illusion que tout devrait, a priori, nous être acquis.

La Mairie de Paris réserve le même sort à deux casernes parisiennes, une décision aberrante alors que des milliers de militaires mobilisés par l'opération Sentinelle doivent être logés à l'hôtel! Les périmètres à forte concentration HLM voient le développement de trafics de drogue, de vandalisme ou d'incendies de véhicules, tels la rue de Boulainvilliers ou la porte d'Auteuil dans le 16e, les quartiers Périchaux, Falguière ou Balard dans le 15e, Pernety dans le 14e ou porte de Clichy et Épinettes dans le 17e. Bientôt, le bois de Boulogne sera agrémenté de ses baraquements de migrants tandis que celui de Vincennes arborera son camp de Roms, histoire de ne pas faire de jaloux. À l'est de Paris, les 18e, 19e, 20e comptent chacun une zone de sécurité prioritaire. Des logements sociaux vacants ne trouvent pas preneurs, malgré les longues listes d'attente d'inscrits intra-muros. «En fonction du voisinage, ils ne veulent pas aller à tel ou tel endroit», confesse l'adjoint à l'urbanisme du 18e Michel Neyreneuf. CQFD. Estimer que la criminalité ou les «incivilités» ne sont qu'affaire de décor, d'environnement, est un argument attrape-bobos. Délocaliser les problèmes n'est pas une solution mais une métastase. Les agissements délétères perdurent, quels que soient l'architecture, le contexte et les fioritures dont on les pare. Le poison de la violence ou de l'indolence est avant tout conditionné par les mentalités, les cultures, l'éducation. Diaboliser les «riches», comme le fait trop souvent la gauche, conforte la poussiéreuse et revancharde lutte des classes, attise la haine de la réussite, et cristallise l'illusion que tout devrait, a priori, nous être acquis. Or, il est cohérent que les plus nantis puissent se calfeutrer dans les beaux quartiers et rouler dans de jolies voitures allemandes si tel est leur bon plaisir. Sinon, pourquoi se décarcasser à gagner de l'argent? La vraie injustice réside dans le constat que certains mériteraient parfois de réussir plus que d'autres, mais l'histoire de l'humanité est ainsi faite, nul ne s'en réjouit. Le mirage de l'égalitarisme conduit à des pulsions insurrectionnelles préoccupantes, aussi bien chez les racailles des cités que chez les anarchistes de type No Border ou les Woodstock addicts labellisés «Nuit debout».

Le parc HLM accueille 10 millions de Français répartis dans 4,7 millions de logements. 1,8 million de demandes prennent leur mal en patience, 223 commune sont sous le coup d'un arrêté de carence. Depuis le début de l'année, 110 préemptions ont été effectuées par les préfets. Un procédé loin de susciter l'adhésion: selon un sondage en ligne France Info du 13 avril, 67% des internautes sondés répondent non à la question «L'État doit-il s'approprier des terrains pour y construire des logements sociaux?» Au-delà des grands principes humanistes, un autre impératif beaucoup plus prosaïque se dessine: «Sans une perfusion de fonds publics, la construction de logements s'effondrerait», rappelle Éric Verhaeghe sur son blog: en 2015, un logement neuf sur trois était un logement social, financé par la Caisse des Dépôts. S'imaginer gommer les ghettos du paysage en faisant pousser des HLM à foison pour les attribuer en priorité à des populations immigrées, dont on a encouragé, de plus, les revendications communautaristes, la profusion de commerces halal et de tenues islamiques, relève du fantasme ou du sophisme. Vice-présidente de l'Union sociale pour l'habitat, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann admet, dans les colonnes du Monde, des «problèmes avec la laïcité dans certaines cités». «Certains locataires demandent à nos agents de se déchausser avant d'entrer chez eux ou bien refusent d'être reçus par une femme dans leur agence locale», ajoute la directrice du service des politiques urbaines Béatrix Mora.

Ceux qui ont fondé une nation dans la nation sont-ils solubles dans la République ? Sont-ils disposés à être déghettoïsés et assimilés ? Leur ostracisation est-elle subie ou choisie ?

Ceux qui ont fondé une nation dans la nation sont-ils solubles dans la République? Sont-ils disposés à être déghettoïsés et assimilés? Leur ostracisation est-elle subie ou choisie? Quels emplois, quel avenir leur destine-t-on? Comment empêcher que des jeunes filles se fassent agresser par d'autres femmes juste parce qu'elles portent une jupe, comme à Gennevilliers? Comment enrayer la criminalité qui sévit au son des Kalach'? Les visites éclairs de Manuel Valls aux Mureaux, dans l'indifférence, ou de François Hollande à la Courneuve, sous les sifflets, n'ont en rien dissipé l'amertume des riverains. En guise de lot de consolation, le gouvernement gratifie son électorat immigré d'un durcissement des peines pour les délits racistes, comme pour le figer toujours plus dans une posture de victimisation permanente.

Ayant échoué à réenchanter l'Hexagone, la gauche semble vouée à la soviétiser. Le désir de nivellement ne se cantonne pas à un texte de loi, il se niche partout au quotidien. À la prolifération des logements sociaux, se greffe dans plusieurs villes un attirail de transports - vélos ou véhicules électriques - en libre-service quasiment gratuits. Réaménagements de la voirie, lutte prétendue contre la pollution, tous les moyens sont déployés pour éradiquer la voiture, ce symbole d'ascension sociale, de liberté, d'autonomie, d'hédonisme, de sensations fortes. Et de propriété individuelle, carburant essentiel de l'envie de gravir les échelons. À quoi bon si tout est à disposition? La Mairie de Paris n'a pas hésité à interdire de séjour les automobiles antérieures à 1997 à compter du 1er juillet. Les plus démunis qui ne peuvent s'offrir un modèle récent ne lui disent pas merci, les possesseurs de voitures et motos de collection non plus. Dodoche chevronnée, jurassique Dino ou piquante AC Cobra bientôt reléguées au hangar? Leurs belles carrosseries ne pourront plus rutiler ni leurs cylindres rugir à Paname, si telle est la volonté inepte d'une municipalité en panne des sens. Les esthètes de la mécanique n'entendent pas se laisser rouler: une pétition en cours a déjà engrangé 15 000 signatures, et des discussions en cours pourraient aboutir à une dérogation. Uniformisation et infantilisation marchent de concert dans une société de l'agglutinement organisé, éprise de brassage cosmopolite, de collectivisme décliné à l'infini.

Sans doute soucieux de calmer les échassiers révolutionnaires de la Nuit debout, Manuel Valls a annoncé cette semaine son souhait de créer un revenu minimum de 400 euros dès l'âge de 18 ans. Poudre aux yeux, argent de poche ?

Pris en étau entre un besoin impérieux d'adresser des signaux forts aux électeurs issus de l'immigration, en vue de 2017, et la nécessité de ménager l'ire des PME-TPE échaudées par les aléas de la loi Travail, le gouvernement a finalement abandonné l'idée du CV anonyme contre les discriminations à l'embauche. Plus précisément, les discriminations pénalisant les minorités visibles, sûrement pas celles à l'encontre des femmes ou des séniors, car on ne voit pas bien comment rédiger un CV ou une lettre de motivation en évitant tout terme féminin et en masquant la longévité d'un parcours professionnel. Sans doute soucieux de calmer les échassiers révolutionnaires de la Nuit debout, Manuel Valls a annoncé cette semaine son souhait de créer un revenu minimum de 400 euros dès l'âge de 18 ans. Poudre aux yeux, argent de poche? Pourquoi ne pas plutôt élaborer un vrai revenu universel décent qui permettrait aux précaires de se loger, se nourrir et cumuler des boulots à temps partiel, voire se lancer dans une nouvelle activité, sans éprouver l'angoisse de se retrouver à la rue? Tôt ou tard, la société devra trancher: précarité inactive contre précarité active ; allocations avec ou sans contrepartie. Mais entre l'assistanat et la responsabilisation, la gauche a choisi depuis longtemps et n'en démord pas. Ses options politiques procèdent de la même logique génitrice d'effets pervers: suggérer aux citoyens qu'il n'est plus indispensable de travailler pour bénéficier des privilèges de ceux qui bossent, les acculer à la capitulation et les priver ainsi de statut. La paix sociale monnayée à bas coût. La dignité, elle, n'a pas de prix. Elle ne s'achète ni ne se vend, chacun la mérite, elle est l'élégance des humbles, ce qui reste quand on n'a plus rien, mais que l'on se sent encore utile quelque part.

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